Texte 1 : Rue de la statue qui s'ennuie
11 juin 2010La statue a les pieds dans la fontaine. Sauf qu'aujourd'hui, ses pieds sont au sec, la fontaine est en congé. Nous sommes au mois d'août, elle est partie se promener en Espagne.
Alors la statue, irrémédiablement adossée à son mur gris s'ennuie. Alors elle compte les paraboles suspendues aux toits rouges des immeubles en face. Elle imagine toutes ces images que les gens avalent. Elle voit ces enfants qui jouent à se faire peur et à se frapper, ce ne sont que des jeux. Elle aimerait, elle aussi, participer, dssiner ces tags sur les murs. Il faudra qu'elle leur demande de colorer son mur gris, de toutes les couleurs qui existent et même de celles qui n'existent pas. Mais elle n'ose pas leur parler, ils auraient peur , ou ils risqueraient de venir la blesser, elle aurait tellement de mal à se défendre, avec son bras cassé. Elle a si peur, eux si agités, elle si statique.
Grands klaxons : voitures ? Camions ? Serait ce le train ? Autrefois elle voyait la fumée des petits trains qui amenaient les gens de son immeuble en vacances ou au travail. Maintenant elle ne voit plus, elle entend seulement, ou croit entendre. Autrefois il y avait de petites maisons avec des jardinets à l'arrière où poussaient des tomates. Ah la bonne odeur des tomates ! Mais au fur et à mesure, les immeubles ont grandi, de plus en plus haut, comme si on les avait arrosés comme des plants de tomates, et ils ont tout caché. Et puis de toute façon les trains ne fument plus, ils n'ont plus le temps.
Mais par contre, en se haussant sur ses pieds, aujourd'hui au sec, et en tournant un peu la tête vers la gauche, elle ne peut bouger que la tête, elle peut voir les bateaux aller et venir, et même entendre les sirènes. Ils s'en vont blancs sur la mer bleue, peut être en Grèce, là où sont ses soeurs statues...
Voilà à quoi pense aujourd'hui la statue qui s'ennuie.